Les infrastructures énergétiques françaises sont de plus en plus connectées, décentralisées et gérées numériquement. Des centrales nucléaires aux réseaux de gaz, en passant par les sites d’énergies renouvelables, les sous-stations et les installations de stockage, les technologies opérationnelles (OT) assurent le bon fonctionnement des services essentiels. Cependant, cette connectivité accrue offre aussi aux cyberattaquants des occasions de perturber les processus physiques, d’endommager les équipements et d’interrompre l’approvisionnement. Pour les entreprises énergétiques françaises, la sécurité des technologies opérationnelles (OT) va donc bien au-delà d’une simple préoccupation informatique ou d’une exigence de conformité. Elle est fondamentale pour la résilience opérationnelle, la sécurité publique et la sécurité nationale. Les récentes attaques contre des installations énergétiques européennes montrent que les entreprises, quelle que soit leur taille, doivent bien connaître leurs actifs, sécuriser leurs connexions et se préparer efficacement à d'éventuelles perturbations opérationnelles.
En juillet 2026, une cyberattaque qui aurait été le fait d’acteurs iraniens a contraint un petit producteur d’électricité britannique à interrompre son activité pendant quatre jours. L’installation concernée n’a pas été identifiée publiquement et le gouvernement britannique a souligné que l’incident n’avait pas menacé l’ensemble du réseau électrique ni provoqué de coupures de courant.
Cette attaque a démontré qu’un acteur malveillant pouvait perturber le fonctionnement physique d’une infrastructure énergétique britannique, même si celle-ci ne représentait qu’une petite partie de la capacité de production nationale .Elle a également incité le gouvernement à informer les dirigeants des entreprises énergétiques sur la protection de leurs infrastructures. Elle oblige aussi les fournisseurs d’énergie du monde entier à se poser la question suivante : si cela peut arriver au Royaume-Uni, cela peut arriver ici.
Cet incident remet en cause l’idée selon laquelle seules les grandes centrales électriques et les opérateurs de transport d’électricité constituent des cibles de valeur. Les petits producteurs d’électricité, les installations renouvelables, les sous-stations et les infrastructures gérées à distance peuvent disposer de ressources de sécurité plus limitées, d’une gouvernance moins aboutie et d’une dépendance accrue vis-à-vis des connexions Internet.
Comme l’a démontré l’incident au Royaume-Uni, les attaquants n’ont pas besoin de compromettre le réseau national pour causer des dommages opérationnels, financiers et de réputation. Il leur suffit de trouver une seule installation insuffisamment protégée.
Le secteur de l’énergie est de plus en plus connecté. Les installations de production, les centres de contrôle, les réseaux intelligents, les installations renouvelables et les plateformes tierces échangent de plus en plus de données opérationnelles. Cette connectivité améliore l’efficacité et la connaissance de la situation, mais elle crée également davantage de points d’entrée potentiels.
Selon certains rapports, les attaquants utilisent l’IA pour accélérer la reconnaissance, identifier les faiblesses, produire du contenu d’ingénierie sociale convaincant et développer des scripts capables d’interagir avec les protocoles industriels.
Cela ne signifie pas que l’IA ait soudainement transformé chaque attaquant en expert des systèmes de contrôle industriels. Elle aide toutefois les adversaires à automatiser certaines étapes du parcours d’attaque et à examiner un nombre bien plus important de cibles potentielles. Les configurations vulnérables, les appareils exposés et les connexions à distance non sécurisées peuvent être détectés et exploités plus rapidement.
Cette situation est particulièrement préoccupante pour les petits services publics et les opérateurs d’énergie décentralisée. Une grande entreprise du secteur de l’énergie peut disposer d’une équipe de sécurité dédiée, d’un système de surveillance bien établi et de capacités de réponse aux incidents bien rodées. En revanche, un petit parc solaire, une centrale de pointe ou un service public régional peut exploiter des équipements obsolètes dotés de fonctionnalités de sécurité limitées, d’un accès à distance réservé aux fournisseurs et d’une protection réseau très rudimentaire.
L’IA donne aux attaquants les moyens d’agir à grande échelle. Un écosystème énergétique fragmenté leur offre un terrain propice à son utilisation.
La technologie opérationnelle ne peut pas être sécurisée exactement de la même manière que l’informatique d’entreprise. Dans un environnement informatique classique, la confidentialité et la protection des données sont des priorités majeures. Dans un environnement OT du secteur de l’énergie, la sûreté, l’intégrité, la disponibilité et la continuité du service sont primordiales.
Plusieurs caractéristiques rendent les infrastructures énergétiques particulièrement complexes :
L’idée reçue selon laquelle les réseaux industriels sont isolés en toute sécurité n’est plus crédible. La connectivité fait désormais partie intégrante des opérations énergétiques modernes, mais chaque connexion doit être comprise, justifiée et sécurisée.
Les entreprises du secteur de l’énergie doivent se concentrer sur un ensemble de mesures concrètes visant à réduire les vulnérabilités exploitables tout en préservant la sécurité opérationnelle.
On ne peut pas protéger des systèmes dont on ignore l'existence.
Un inventaire des actifs OT doit recenser le matériel, les logiciels, les micrologiciels, les protocoles industriels, les connexions réseau, les responsables des systèmes et les dépendances opérationnelles. Les actifs doivent également être classés en fonction de leur criticité, de leurs implications en matière de sécurité et de leur rôle dans le processus de production ou de distribution.
Cet inventaire doit être mis à jour en permanence. Une feuille de calcul statique créée lors d’un audit annuel deviendra rapidement obsolète à mesure que les équipements, les configurations et les connexions avec les fournisseurs évolueront.
Les opérateurs du secteur de l'énergie doivent identifier comment les données, les utilisateurs et les services circulent entre l’informatique d’entreprise, les réseaux OT, les plateformes cloud, les fournisseurs et les sites distants.
Chaque connexion doit avoir un objectif opérationnel défini. Les connexions inutiles doivent être supprimées, tandis que la connectivité nécessaire doit être centralisée, standardisée et protégée par des contrôles de sécurité appropriés.
Les opérateurs OT doivent limiter l’exposition aux risques, renforcer les périmètres réseau et garantir une journalisation et une surveillance adéquates. Ces principes s’appliquent tout particulièrement aux infrastructures énergétiques distribuées et aux installations gérées à distance.
La compromission d’un compte de messagerie ou d’une application métier ne doit pas permettre à un attaquant d’accéder aux systèmes de production.
Les organisations du secteur de l’énergie doivent établir une séparation claire entre les réseaux informatiques (IT) et opérationnels (OT), soutenue par des pare-feu correctement configurés, des zones démilitarisées industrielles et des voies de communication étroitement contrôlées. Les systèmes critiques doivent être divisés en zones en fonction de leur fonction et du risque qu’ils présentent.
Les contrôles de segmentation doivent également être testés. Un schéma de réseau illustrant cette séparation n’offre que peu de garanties si des règles de pare-feu, des connexions non gérées ou des équipements mal configurés permettent aux attaquants de la contourner.
L’accès à distance est souvent indispensable pour la maintenance et l’assistance, mais il reste l’une des voies d’accès les plus attractives vers un environnement OT.
L’accès ne doit être autorisé qu’en cas de nécessité, utiliser une authentification forte et être limité à des systèmes et activités spécifiques. Les sessions doivent être surveillées et consignées, tandis que les comptes inactifs et les connexions de fournisseurs superflues doivent être supprimés.
Les organisations doivent également savoir quels fournisseurs peuvent accéder aux actifs opérationnels, comment ces fournisseurs protègent leurs propres systèmes et ce qu’il advient des droits d’accès en cas de changement de contrat ou de personnel.
Les outils traditionnels de surveillance informatique peuvent ne pas prendre en charge les protocoles industriels ou générer un trafic affectant les équipements OT sensibles. Les entreprises du secteur de l’énergie ont besoin d’une surveillance conçue pour les environnements industriels.
La surveillance passive du réseau peut aider à établir un comportement opérationnel normal, à identifier les communications inattendues et à détecter les changements sans interférer avec les processus physiques. La surveillance doit s’étendre au-delà de la frontière entre l’informatique et les technologies opérationnelles afin que les responsables de la sécurité puissent identifier les tentatives de passage de systèmes métier compromis vers des opérations critiques.
Toutes les vulnérabilités ne peuvent pas être corrigées immédiatement, et toutes ne présentent pas le même risque.
La gestion des vulnérabilités OT doit tenir compte de l’exposition d’un actif, de son rôle opérationnel, de l’existence d’un exploit, des contrôles compensatoires en place et de l’impact potentiel de la correction. Les correctifs doivent être testés avant leur déploiement et planifiés en fonction des exigences opérationnelles.
Lorsque l’application d’un correctif n’est pas immédiatement possible, les organisations doivent envisager l’isolement, des restrictions d’accès, la surveillance, des modifications de configuration ou d’autres contrôles compensatoires.
Un guide d’intervention en cas d’incident informatique peut recommander d’isoler ou de mettre hors service un dispositif compromis. Dans un environnement OT, cette action pourrait interrompre la production d’électricité, endommager les équipements ou créer un risque pour la sécurité.
Les entreprises du secteur de l’énergie ont besoin de plans d’intervention élaborés conjointement par les équipes de sécurité, les ingénieurs, les opérateurs, le personnel chargé de la sécurité, la direction et les fournisseurs concernés. Ce plan doit définir comment l’entreprise détectera, contiendra et se remettra d’une attaque tout en maintenant un état opérationnel aussi sûr que possible.
Les exercices doivent tester des scénarios réalistes, notamment la perte de visibilité à distance, la propagation d’un rançongiciel de l’informatique vers les technologies opérationnelles, la compromission des accès des fournisseurs et la manipulation des systèmes de contrôle industriels.
La protection des technologies opérationnelles nécessite à la fois une expertise en cybersécurité et une compréhension pratique des systèmes industriels. Le pôle dédié à la sécurité OT d’Integrity360 aide les entreprises du secteur de l’énergie à identifier leurs vulnérabilités, à renforcer leurs contrôles et à développer leur résilience tant dans les environnements informatiques (IT) qu’opérationnels (OT).
Nos services comprennent :
Integrity360 allie une connaissance spécialisée des systèmes OT à une expertise en matière de sécurité d’entreprise, aidant ainsi les organisations à traiter l’ensemble du chemin d’attaque plutôt que de considérer les systèmes industriels comme un environnement isolé. Notre équipe a accompagné des infrastructures critiques et des organisations industrielles dans de nombreux secteurs et sur plusieurs continents, notamment dans le cadre de programmes de sécurité pour des opérations dans les domaines de l’énergie et du gaz naturel.
La résilience des systèmes OT ne peut attendre la prochaine attaque
Le secteur de l’énergie est de plus en plus connecté, alors même que les tensions géopolitiques, la criminalité et les attaques facilitées par l’IA ne cessent de s’intensifier. Cette conjoncture fait de la résilience opérationnelle une exigence stratégique.
Les entreprises du secteur de l’énergie ne devraient pas attendre une panne majeure pour se demander si leurs actifs sont visibles, si leurs réseaux sont correctement segmentés ou si leurs plans d’intervention fonctionneront. L’arrêt de quatre jours d’un petit producteur d’électricité britannique montre que des perturbations opérationnelles sont déjà possibles. La prochaine cible pourrait être plus importante, plus connectée ou plus difficile à remettre sur pied.
La protection des infrastructures énergétiques commence par la compréhension des vulnérabilités de l’entreprise et par la hiérarchisation des mesures qui auront le plus grand impact sur la sécurité, la disponibilité et la résilience.
Contactez les spécialistes en sécurité OT d’Integrity360 pour évaluer votre environnement actuel, identifier les vulnérabilités critiques et établir une feuille de route concrète visant à protéger vos opérations énergétiques.
Qu’est-ce que la sécurité OT dans le secteur de l’énergie ?
La sécurité OT protège les systèmes industriels qui produisent, transportent, distribuent et gèrent l’énergie. Il s’agit notamment des systèmes de contrôle industriels, des automates programmables, des systèmes de contrôle de supervision et d’acquisition de données, des postes électriques et des installations de production pilotées à distance.
Pourquoi le secteur de l'énergie est-il la cible des cyberattaques ?
Les infrastructures énergétiques fournissent des services essentiels et revêtent une importance économique et géopolitique considérable. Leur perturbation peut entraîner des préjudices opérationnels, susciter l’inquiétude du public et exercer une pression accrue sur les gouvernements ou les organisations. Les environnements énergétiques comportent également des systèmes hérités et des actifs distribués qu’il peut être difficile de sécuriser de manière cohérente.
Quel est le principal risque de sécurité OT pour les entreprises du secteur de l’énergie ?
Il n’existe pas de risque unique valable pour tous les opérateurs, mais les vulnérabilités courantes comprennent les accès à distance non sécurisés, une segmentation IT/OT inadéquate, des inventaires d’actifs incomplets, des systèmes hérités, des logiciels non pris en charge et une surveillance insuffisante des réseaux industriels.
Les entreprises du secteur de l’énergie peuvent-elles appliquer des correctifs aux systèmes OT comme elles le font pour les systèmes informatiques classiques ?
Pas toujours. Les correctifs OT doivent être évalués et testés, car les mises à jour peuvent affecter la stabilité, la compatibilité et la sécurité opérationnelle des systèmes. Lorsqu’une mise à jour immédiate n’est pas possible, les organisations doivent mettre en place des contrôles compensatoires tels que la segmentation, des restrictions d’accès et une surveillance renforcée.
Comment une entreprise du secteur de l’énergie doit-elle s’y prendre pour améliorer la sécurité OT ?
Commencez par une évaluation des risques OT et un inventaire précis des actifs. Cela permet de déterminer quels équipements existent, comment les systèmes sont connectés, quels actifs sont critiques et où se situent les expositions les plus importantes. Les résultats peuvent ensuite servir de base à une feuille de route de sécurité et de remédiation axée sur les risques.